Carnet de route

5 garçons et 5 filles dans le vent

Sortie :  du

Le 02/04/2014 par Catherine Lechat

Randonnée en ski nordique, en Laponie suédoise, le long de la Kungsleden,.

Dimanche 2 mars

Rendez-vous était donné à tous les protagonistes de cette aventure nordique dimanche matin devant le comptoir de la compagnie « Scandinavia Airlines » à l’aéroport « Charles De Gaulle – Etoile ».  Après des départs décalés la veille, chacun se retrouve avec son barda. Une légère excitation se fait sentir, un peu de stress même est palpable face aux exigences administratives concernant le poids et la taille des bagages. Chacun soupèse une dernière fois son sac, vérifie que la répartition de l’approvisionnement collectif est acceptable et s’interroge si le coupe-ongle et le briquet passeront dans le bagage à main. Patrice a d’ailleurs labellisé un emballage maison avec poignée intégrée des 4 pulkas que nous tirerons pendant notre randonnée.

Nous nous retrouvons donc dans la salle d’attente (chacun ayant eu l’agrément des « cerbères » des douanes) pour un voyage dans les airs qui doit nous faire atterrir à Kiruna, ville au nord de la Suède point de départ vers la Laponie.

Histoire de plaisanter, j’informe mes compagnons que sur les 5 ou 6 voyages en avion que j’ai faits, j’ai eu la surprise pour 3 d’entre eux de ne pas retrouver mes bagages. Sourires mitigés en retour.

Etape à Copenhague : l’avion à une dizaine de minutes de retard et le vol suivant pour Kiruna est dans un quart d’heure. Il nous faut traverser tout l’aéroport. Bruno nous emmène dans un slalom géant dans les immenses couloirs pour arriver pile-poil à notre correspondance où le pilote, descendu spécialement pour nous, tapote nerveusement sa montre. Transfert dans les nuages et atterrissage sur une piste blanchie par la neige : le dépaysement est bien là.

Récupération des pulkas et des skis. Les bagages personnels ??? Que nenni !. Je sens les regards se tourner vers moi. « Je vous assure j’y suis pour rien ». Bon, on a trouvé le chat noir du groupe. Apparemment, leur transfert n’a pas été aussi rapide que notre course dans les couloirs et le pilote impatient de décoller. Ils sont restés scotchés à Copenhague et plus d’avion pour aujourd’hui.

Après de longues négociations, il nous est assuré que nos bagages nous seront acheminés à notre hôtel le soir même par taxi. Soulagement général. Finalement, on est gagnant, le dernier déplacement se fera léger et comme le dîner n’est pas là, on se fait un resto bien sympa.

 

Mardi 4 mars 2014 : Vakkotavare-Teusajaure

1ere journée de notre raid en Laponie.

Départ à 9 heures pour une longue montée jalonnée de petits bouleaux .

Plusieurs façons d'aborder la forte pente avec les pulkas (luges pour transporter nos gros sacs).

1/ L'un tire la pulka, l'autre pousse, les 2 avec les skis aux pieds : Très moyen

2/ Le tracteur garde ses skis,  le pousseur se déchausse : Du mieux

3/ Les deux déchaussent : plus probant

4/ Toujours sans les skis, les 2 tirent en tandem : méthode approuvée.

5/ Et quand la pente est trop forte, il faut hisser les pulkas une par une.

Nous longeons les piquets portant la grande croix rouge de Saint André, ange gardien dans le brouillard qui vient de se lever.

Une éclaircie arrive, propice au repas du midi. Nous faisons face à une immensité blanche à perte de vue, avec des montagnes tout autour de nous.

Nous entamons la descente vers le lac de Teusajaure. Les pulkas sont rebelles et les bouleaux sont espiègles en se mettant en travers de la route. La traversée du lac se fera avec la nuit qui commence à tomber. Le gardien nous attend tout sourire, avec une poignée de mains pour chacun, et un verre de bienvenue. De l'eau chaude avec du sirop de myrtilles :Un vrai délice.

Et dans ce refuge perdu au fin fond de la montagne, où il n'y a pas d'électricité (dîner aux chandelles), ni d'eau courante (il faut aller chercher l'eau dans la rivière), ni de chauffage (il faut couper du bois pour alimenter le poêle), il y a un SAUNA avec roulades dans la neige à la place de la douche froide. Tout l'Art de vivre Suédois

 

Mercredi 5 mars : Teusajaure – Kaitumjaure 

Démarrage sur un lac verglacé, ensuite les montées sont régulières ; nous innovons le co-tirage des pulkas,  plus efficace que le poussage à plat ventre, d'hier.

Il ne fait pas très froid, pas de vent et du soleil par moment, belles lumières donc. Pique nique très agréable avec une belle vue.

Cerise sur le gâteau, nous observons un élan, bien occupé à s'alimenter et des lagopèdes juste avant la dernière montée au refuge de Kaitumjaure.

Arrivée vers 15h, accueillis par Anita et sa soupe de sirop d’airelles, dans sa boutique bien  achalandée. La vue est splendide ; nous avons deux appartements dans le refuge. Cathy repart tout de suite pour profiter de cette nature le long du ruisseau. Après le goûter, seuls Bruno et Eric sont motivés pour repartir.

Bonne soirée et bonne nuit calme sans aurore boréale.

 

Jeudi 6 mars : Kaitum-Singi

Triste nouvelle au réveil : nous ne retrouverons pas notre bavarois si avenant à la fin de l'étape, il continue jusqu'au refuge suivant !

L'étape se fait dans la grisaille, mais le relief s'apaise : pas de raidillon au programme aujourd'hui.

En revanche, des animaux sont au rendez-vous (en plus des bêtes de somme qui tirent les pulkas... ) : une élan et son petit une première fois, puis en arrivant près du refuge, une élan que certain pourront approcher d'assez près.

Le gardien nous accueille très cordialement avec un sirop d'airelles bien chaud ; il est bavard et aime visiblement ce qu'il fait.

Comme l'étape a été courte, nous mangeons au refuge. L'après-midi, petite balade et recherche ARVA, en tout cas pour celles qui ne se sont pas défilées.. (N'insistez pas, je ne citerai pas de nom !).

Ensuite, il faut aller chercher de l'eau. Les courageux qui s'y risquent n'avaient pas vraiment compris à quel point c'était loin : plus d'un kilomètre aller-retour et en plus il faut chercher le trou qui est caché par la neige ! La pulka sera bien utile pour ce portage de deux bidons de 20 L...

 

Vendredi 7 mars : Singi – Sälka

Départ de Singi à 8 H 30 en direction de Sälka, le temps est doux, le plafond est bas.
Nous montons le vallon en laissant à gauche le village Lapon de Kartjevuolle et la rivière de Tjakjavagge. Le paysage est  blanc parsemé de points noirs. Est-ce des cailloux, des élans ou bien des skieurs? Difficile à dire...Nous arrivons sur l'abri de Kuoperjakka. Pour nous ce sera la pause de 10H00.
Nous poursuivons sur un immense plateau, un désert de neige, où le soleil laisse apparaître par intermittence les sommets pour le plus grand plaisir des photographes. Puis, il devient plus généreux et nous glissons vers Sälka précédés de notre ombre. Les arrêts deviennent fréquents pour admirer les couleurs variées, les envolées de neige s'illuminant au soleil.
Arrivée à Sälka à 13H00 où nous nous restaurons avant un deuxième exercice d'ARVA.
Et enfin nous clôturons cette belle journée par un sauna réparateur.

 

Samedi 8 mars : Salka – Nallo : L’étape la plus dantesque de ma vie

Le gardien nous avais prévenu : « storm tomorrow » ! C’est déjà tout une expédition que d’aller jusqu’aux toilettes. La consigne est donnée : surtout ne pas se perdre de vue. Dans le jour blanc, pas d’autre solution que de naviguer au GPS : je ne vois parfois que la spatule de mes skis. Tout à coup, la neige se dérobe sous mes skis, puis je me retrouve avec Bruno et sa pulka en contrebas d’une première corniche. Un peu plus loin, je tombe à nouveau d’une dizaine de mètres. Grand moment de solitude. Je ne vois plus mes compagnons. Puis, à la faveur d’une accalmie, je remonte le vallon jusqu’à trouver un passage qui me permet de revenir vers le groupe. Plus nous progressons, plus le vent se renforce, jusqu’à nous plaquer au sol de longs moments, renversant les pulkas qui partent en tonneaux sous la simple action des rafales. Surtout, ne pas perdre un équipier ! Je préfère progresser par petites avancées pour pouvoir compter l’équipage le plus souvent possible. Chose difficile quand la descente s’ajoute à la force du vent qui nous pousse alors qu’on ne voit parfois pas à deux mètres. Je vois le refuge s’approcher sur l’écran de mon GPS : 3 kms, puis 2, puis 1. J’aimerais m’approcher du groupe pour les encourager mais la puissance du vent empêche toute communication autre que bouche contre oreille. De temps en temps, un piquet isolé nous confirme que nous sommes sur la bonne route. Par moment c’est toute l’équipe qui reste couchée au sol, bloquée par une rafale. Puis c’est un grand soulagement devoir réapparaitre leurs silhouettes entre deux bourrasques, sachant que nous surplombons un vallon dont la dépression n’apparait que furtivement entre les coups de vent. Le dernier kilomètre se fera dans un véritable déchaînement éolien. Après une descente chaotique, pulkas devant-derrière, nous sommes enfin sur le plat. Je sais que le refuge est désormais à portée de main, surtout ne pas passer à côté sans le voir. Puis un cri de joie retentit : la silhouette des bâtiments apparait sur notre droite. Je garderai à jamais le souvenir de mes compagnons convergeant vers le refuge dans le blizzard, certains chutant encore, mais soulagés d’être bel et bien sortis d’affaire. La gardienne nous accueille chaleureusement, puis prévient la police que les 10 français partis de Salka dans la tempête sont arrivés sains et saufs à Nallo. On se félicite d’être arrivés à bon port, on remercie Garmin de faire de bons GPS, l’humour reprend ses droits. Dehors, le vent ne faiblit pas mais nous allons passer une bonne soirée au chaud. Nous apprendrons demain que les toilettes du refuge de Kaitum n’ont pas résisté à cette tempête arctique.

 

Dimanche 9 mars :  Nallo -Sälka

Décision prise de revenir sur nos traces, mais nos traces d'hier ont disparus  sous la tempête de neige et le blizzard. 

Nous skions dans la ouate, ou plutôt dans la crème fouettée par le vent, à la queue leu leu, chacun dans sa bulle mais veillant sur celui qui est devant, nous avançons masqués ! 

Il n'y a de toute façon personne à des Kungsleden à la ronde ! Juste un caillou, ça monte, ça descend, ça tourne, quelques sensations dans le grand blanc.

Tout à coup, le refuge en vue. Le gardien nous apprend que la cabane des toilettes de Kaitum s'est envolée la nuit dernière, c'est tout dire !

 

Lundi 10 mars : Sälka - Singi

Journée de calme après les deux jours de tempête. Nous retrouvons des marques visibles et rassurantes et le même paysage grandiose que la 1ère fois. La trace est difficile en raison de la neige  tombée pendant ces deux derniers jours. Georges passe devant et simplifie la tache pour les pulkas. Nouvelle pause méritée dans l'abri Kuoperjakka puis nous retrouvons avec plaisir Singi.

 

Mardi 11 mars : Singi -  Kebnekaise

Mais où est passé le refuge ? Il a disparu dans la tourmente blanche au retour des toilettes, un petit coup d'adrénaline. "personne ne sort cette nuit" ! 

Ni le lendemain d'ailleurs, il a fallu passer par la fenêtre pour aller dégager la porte de la neige accumulée.

Toute la nuit le refuge a tremblé sous les rafales. Petite accalmie pour remonter vers le col vent dans le dos puis descendre vers Kebnekaise. 

Les belles arêtes, couloirs enneigés et cascades de glace turquoise sont entrevues dans la brume, mais nous ne verrons jamais les sommets.

Une dernière montée et nous rejoignons le confort du centre de montagne, le trou d'eau avec robinet, la lumière en tournant le bouton et ... du réseau !

Une agréable soirée devant la cheminée dans de confortables fauteuils

 

Mercredi 12 mars : Kebnekaise – Nikkaluokta

C’est formidable le confort, sauf que lorsque la fée électricité est coupée ( la faute à la tempête qui souffle toujours), il n’y a plus d’eau pour les wc,  les toilettes sèches c’est dehors , pas de quoi chauffer son petit-déjeuner et plus de chauffage.

Cette Nième tempête enlève toute velléité  de rejoindre Nikkaluokta à skis, soit 18km. Il y a un service de scooters des neiges 3 fois par jour, nous en profiterons.

Sauf que par ce joli temps, les  navettes sont annulées. Attente… Espoir…. Vœu exhaussé. C’est en traîneau du Père-Noël, tiré par une moto et non par un renne que nous redescendrons du blanc pays lapon.

 

Jeudi 13 mars : Nikkaluokta – Kiruna

Promenons nous dans les bois pendant que le vent n’y est pas.

Le ski c’est fini, la Laponie aussi.

 

Samedi 15 mars : Stockholm - Paris

Départ de Stockholm : l’aventure est maintenant bien terminée, retour à la maison et le quotidien. Le groupe se retrouve une dernière fois devant la chaîne de récupération des bagages. Les skis arrivent puis les pulkas et enfin les bagages personnels, tous les bagages ? Non ! le sac à dos de Patrice manque à l’appel. Non, non je n’y suis toujours pour rien.

 

Merci

A Patrice, roi du GPS et navigateur hors-pair dans le blizzard

A Patrice et Bruno pour l’organisation  du séjour et à leurs réactivités face aux intempéries.

A Fabienne pour l’intendance

Aux hommes qui ont assumés toutes les corvées d’eau, de bois, de déneigement et de traction des pulkas dans les passages et conditions difficiles.

A l’esprit de groupe dans l’adversité.

Ont participé à cette aventure polaire et à la rédaction : Bruno, Catherine, Cathy, Eric, Fabienne, Georges, Hervé, Marie-Jeanne, Nathalie et Patrice.

 

Où va-t-on l’hiver prochain ?

Vivre, savoir-vivre et art de vivre en Laponie

L’eau : Demande de l’abnégation pour en rapporter. Prendre la pulka, chausser les skis, parcourir parfois 600m, trouver le bâton qui indique l’emplacement du puisage, pelleter la neige pour dégager l’orifice, casser la glace qui s’est reformée, plonger le seau dans le trou pour récupérer le précieux liquide glacé et remplir le jerrican sans s’arroser.

Le bois : Dans une remise, du bois est à votre disposition, il suffit d’en faire des bûches ! C’est du boulot, le bouleau arctique étant un bois dur.

Les  « toaletts » : A elles seules, valent le déplacement. Petits : utilisez le marchepied mis à votre disposition. Petits et grands, n’oubliez pas de mettre un poids sur le couvercle en polystyrène si vous ne voulez pas trouver lunette et couvercle plaqués contre la paroi. Sachez qu’un courant d’air froid vous réfrigèrera les fesses lors de votre « obole ». Un certain doigté est demandé dans le jeté du papier sous peine de le voir voler au dessus de votre tête. Ne soyez pas trop pressé : il faut chausser les skis ou les raquettes, se munir d’une pelle à neige pour dégager porte et lunette avant utilisation, traverser le hameau car elles sont à l’écart et bien sûr ne vous perdez pas au retour car la visibilité peut-être nulle. Par mauvais temps il faut une certaine dose de courage pour s’en servir et de sens de l’orientation pour en revenir.

Le refuge : Toujours propre et accueillant à l’intérieur comme à l’extérieur grâce au courage de tous (clé paragraphes précédents). A l’intérieur vous trouverez 2 seaux pleins d’une eau bonne à boire, 2 seaux vides pour les eaux usées que vous irez vider dans le puisard ad hoc, 2 jerricans pleins qui permettent de tenir 24h à 10 personnes, du bois pour allumer le précieux poêle qui, lorsqu’il ronronnera, distillera 25°C dans la pièce.

Les déchets : Pas moins de 10 casiers s’offrent à votre perplexité. Les classiques : verre blanc, verre coloré, alu, métal, papier ; plus inédits : plastique dur, plastique souple, ce qui brule (là on trouve de tout), le compost (ça, on connaît) et enfin le tout-venant (le casier du dernier recours).

Le sauna : Le must du must. Après avoir lutté dans la tempête au nord des 65°rugissants, une bonne suée au sauna, suivie d’un roulé-boulé dans la neige fraîche sera le summum du plaisir.

Les gardiens : Nos anges-gardiens sont des retraités, hommes ou femmes, amoureux de leurs montagnes, assurant notre sécurité et notre confort. A l’arrivée ils vous accueilleront peut-être avec une soupe chaude de myrtilles ou d’airelles.

Aurores boréales : Manque à notre actif (réservées aux insomniaques, les nuits étoilées)

Soleil : Astre furtif engendrant des Oh et des Ah lors de son apparition

Froid : Elément inconnu pendant notre séjour, remplacé par du vent tempétueux.

 

  







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