Carnet de route

Alain et les minions en Oisans, le tas de caillou contre-attaque.

Sortie :  Grandes courses montagne du 27/06/2015

Le 08/07/2015 par Matthieu urvoy
Oisans [wa.zɑ̃ ].
Par contraction de [ouin] - unité, du patois bourcates -, et [sans], du latin sine.
Adjectif : caractéristique de la roche rencontrée dans le massif montagneux éponyme. Nombreux synonymes, tels que : branlant,délitépourri. Les expressions suivantes y sont généralement associées : "tas de cailloux", "pile d'assiettes", "champ de pavasses", "prises à tiroir".
 
Haaa ... le doux plaisir de lancer des assiettes, de surfer sur les pavasses (attention au take-off tout de même), de balader la corde dans un champ de mines ! Autant de raisons qui poussèrent 3 fameux alpinistes nantais à partir dans l'Oisans pour y retrouver un ex-compatriote émigré à Grenoble.
 
La cafard-team était ainsi composée de trois minions (ou rigolos) et leur chef :
Denis : un soutien moral sans faille et une source de motivation constante, toujours en forme ; pousse parfois l'ironie en simulant des instants de faiblesse.
Guillaume : illustre grimpeur, affectionne particulièrement les renfougnes en tout genre.
Matthieu : un mental d'acier, un engagement sans pareil, et surtout un élément essentiel pour la progression en terrain à chamois.
Alain, a.k.a. Chef, ou encore Monsieur Météo ; capable de prévoir l'évolution d'un altostratus situé à plus de 10km avec une précision inférieure à la minute, excellent skieur (bien que peu utile ici), et faisant preuve d'une pédagogie simple et efficace, consistant à s'assurer que les personnes encadrées aient plus peur de lui que de la voie ! Il distribue les branlons avec justesse et parcimonie.
 
27 juin. Départ des Nantais pour Grenoble dans la Denis-mobile.
Ils sont attendus par Matthieu à Grenoble. Ou pas. Le bougre s'est barré la veille à la Dibonna, les obligeant ainsi à quémander les clefs de son appartement auprès des grands-parents d'Adeline. Malins, ils réussiront toutefois à repartir accompagnés d'une bouteille de Chambolle-Musigny.
19h45, Matthieu est de retour à Grenoble, un tantinet fatigué après une superbe grande voie.
 
28 juin. Départ pour Ailefroide.
Le tunnel du Chambon est toujours fermé, il faudra donc faire un détour par le col du Galibier, quel dommage ! Le début d'après-midi sera occupé par la montée au refuge du Sélé où nous attend Raoul, son très sympathique gardien !
 
Enième discussion pour choisir la course du lendemain ; chacun dans son rôle ...
A. : Bon, on fait quoi demain ?
G. : Je sais pas, Ailefroide ?
M. : Mouais, ça sent le rocher pourri tout ça ...
A. : Un peu d'ambition, que diable !
D. : Oh moi vous savez, je suis pas en forme
A., G. et M. en cœur : Tu dis ça à chaque fois, et à chaque fois tu cavales dans la voie !
D. : Bon, une p'tite bière pour faire passer le mal, alors
G. : Et donc, demain, qué qu'on fait ?
M. : Sinon y a une voie en TD équipée là-bas
Regards noirs de A. et G. à l'entente du mot "équipée".
G. : Ailefroide Occidentale ?
M. : Vous êtes sûrs, ça va pas être trop pourri ?
G. : Moi, c'est comme vous voulez, je vous suis
A. (dans sa moustache) : ... Grrmbl je vais tous les tuer ...
M. : ... on est pas là pour se faire engueuler !
A. : Tout de suite, les grands mots !
M. : Mais non ! Je parle de la voie au dessus du refuge d'hiver, au Pic Sans Nom [topo].
D. (qui a terminé sa bière) : Bon allez, Ailefroide Occidentale, motivéééés !!
 
Il est temps de passer à table ; l'équipe est rejointe par un couple de grimpeurs. Au menu, des histoires à se faire peur :
Eux : Ah vous allez à l'Ailefroide Occidentale demain ? Parait que la descente est vachement délicate
Nous : Bah, le gardien nous a expliqué, ça passe bien normalement ...
Eux : Si vous le dites ... nous on a eu pas mal de retours de cordées qui se sont bien loupées à la descente de l'Occidentale
Nous : ...
[On note une décoloration progressive du Denis, qui en perd son appétit.]
A. : Mais mange, Denis !!
Nous : Et vous, vous faites quoi demain ?
Eux : Bah on voulait faire la traversée des Ailefroides, mais on a un problème de chaussures, donc on ira à Sialouze à la place, on verra bien, ça doit pas être trop dur ...
Nous : Euh c'est du D je crois ...
Eux : Ah bon ?? Houla ... bon, on verra ...
[Le doute s'installe dans leur yeux.]
Nous (intérieurement) : Gnark gnark gnark
Eux : Faites gaffe à l'occidentale en tout cas ... nous on connait des bons alpinistes qui se sont viandés là-bas
[A ce stade de la conversation, Denis passe du livide au transparent.]
Nous : Bon allez, au fromage !

A noter aussi la visite de plusieurs chamois, venus s'assurer que la troupe se lavait correctement les dents une fois le repas avalé. Un bel éboulement en face nord, face au refuge, clôture la journée.
 
29 Juin. Traversée de la Pointe du Sélé (AD) [topo et topo].
Oui vous avez bien lu, point d'Ailefroide Occidentale pour aujourd'hui. Après 2h d'approche éreintantes dans une moraine, un debriefing s'impose : cette fichue vire d'attaque semble toujours aussi loin, après quoi restent 800m de dénivelé dans la voie, pour atteindre les presque 4000m de l'Ailefroide Occidentale.
 
Devant nous, le col de l'Ailefroide, et à sa gauche l'arête Nord de la Pointe du Sélé. On va en faire la traversée N-S tiens, ça sera plus rapide que l'Ailefroide Occidentale !
 
Alain en profite pour encorder Denis qui s'apprêtait à fuir, prétextant fatigue et manque de motivation. En vrai, il doit sentir le traquenard : la traversée de la Pointe du Sélé se révèlera être une course plus longue encore que l'Ailefroide Occidentale.
 
Une fois le col de l'Ailefroide rejoint, nous ne pouvons qu'admirer la qualité du rocher Oisansesque. Nous préférons contourner un premier gendarme, surement par peur de le voir s'écrouler sous les assauts de nos marteaux-pitoneurs. A la place, une traversée en rocher délité où l'on se demande parfois si c'est bien utile de s'encorder ... Rapidement, le rocher se fait bien meilleur, et l'arête présente en alternance des sections plus ou moins grimpantes et aériennes, et des sections plus randonnesques sur des tas de cailloux que Guillaume s'échine à envoyer sur le glacier de la Pilatte. Alain en profite également pour y envoyer son appareil photo. C'est un peu à qui en fera le plus tomber. Rassurez-vous, il en reste encore plein pour faire joujou.
 
Le sommet est rejoint vers 11h pour certains, midi pour d'autres (et oui, un chef, ça avance ; deux minions, un peu moins). Et l'altitude se fait sentir (ces gens de la plaine alors ...).
 
Reste ensuite la descente via l'arête ... euuuh laquelle d'ailleurs ? S ou SE ? Allez SE. Ah non attends y a un cairn. Ah oui mais non, ça arrive sur une barre. Bon ben on traverse de l'autre côté. Ah, ça passe pas non plus. Zouu, on remonte. Et on redescend en rappel, puis dans un couloir. Ah mais il est pas assez enneigé ! Et ça remonte, et ça retraverse. Et finalement, l'instinct du Chef finit par prendre le dessus et nous ramène au pied de l'arête, après un rappel improvisé sur un des rares becquets non branlants de tout l'Oisans.
 
Retour au refuge par le glacier du Sélé ; Alain fait le pitre en tombant dans une crevasse pour le plus grand plaisir de Denis. Guillaume veille. Nous voilà enfin revenu sur le caillou en fond de vallon, reste simplement à remonter au refuge.
 
Mais au fait, il n'y aurait pas un torrent à traverser d'abord ? Ici ça passe pas, là non plus, là ... non plus. Ici (plouf) non plus. ... non ... non ... re-non ... Au final, nous serons obligés de traverser le torrent à pieds, et de mouiller pantalons, chaussures et chaussettes. Et ce pour le plus grand amusement des personnes qui s'apprêtent à prendre leur diner au refuge. Hé oui, à défaut d'être à l'heure pour le repas, on amuse la galerie.
 
30 Juin. Journée de repérage-manoeuvre.
Cela devient une habitude : comme l'année dernière, nous avons réussi à nous épuiser dès le premier jour. Une grasse matinée nous permet de nous reposer ; nous partons ensuite repérer la montée à l'Ailefroide Orientale qui est programmée pour le lendemain.
 
Une fois en vue des magnifiques Pics Sans Nom, du Coup de Sabre et des aiguilles de Sialouze, nous repérons également la vire d'accès à l'éperon qui mène au sommet de l'Ailefroide Orientale. Guillaume n'est finalement plus très inspiré par cette course qui semble techniquement peu intéressante, Matthieu saute sur l'occasion pour proposer de redescendre sur Ailefroide y faire une grande voie. Le pauvre Alain, on va le faire craquer.
 
C'est finalement la redescente à Ailefroide qui l'emporte. Reste cependant une épreuve de taille : annoncer notre changement de programme au gardien ! Merci à Raoul pour sa compréhension, et toutes nos excuses pour cette partie de pétanque manquée.
 
1er Juillet. Terr(és)(ay) dans la fissure (D, 5b/5c) [topo]
Installés depuis la veille au soir au camping d'Ailefroide, notre choix s'est portée sur une grande classique d'Ailefroide : la fissure, une voie de jeunesse de Lionel Terray. L'approche est rapide ; Alain et Denis partent en premier, puis c'est au tour de Matthieu et Guillaume de suivre.
 
La voie se révèle être beaucoup plus intéressante que ne laissent présager topos et commentaires camp2camp. Certes, ça renfougne dur ! Guillaume adore ; Matthieu un peu moins, heureusement il y a des dalles à droite et à gauche de la fissure pour s'échapper de temps à autre. Devant, ça cavale toujours : Alain et Denis prennent bientôt une, puis deux longueurs d'avance. En tout cas c'est une chouette aventure : une belle voie sur coinceurs en 5b/c max, de 280m.
 
De nouvelles sensations pour certains d'entre nous :
- se retrouver le corps entier coincé dans une fissure,
- ramper verticalement et en diagonale vers le bas pour essayer d'atteindre ce trou de lumière qui, on l'espère, nous permettra de sortir de la fissure,
- se faire chatouiller les chevilles par des guêpes dans un pas de 5b expo, une main sur le rocher, l'autre farfouillant parmi les coinceurs pour en trouver un qui finira par tenir dans cette foutue fissure (la sale bête finira décapitée par ledit coinceur).
 
Redescente par un sentier "scabreux" (dixit le topo). Matthieu se régale. Heureusement, lys martagon, lys safranés, fraises des bois et autres digitales offrent de belles distractions tout le long de la descente.
 
2 Juillet. Montée au refuge A. Planchard.
Après de nombreux palabres, les 4 amis se mettent d'accord pour monter au pied de la Grande Ruine pour y tenter (entre autres) une de ses arêtes. C'est un peu la bavante du coin : 1450m de montée, un long plat suivi d'un raidillon interminable.
 
Heureusement, le vallon qui mène au pied de ce raidillon est superbe, très fleuri, et parcouru en son centre d'un torrent bleuté et aux flots nourris. Désormais acclimatés, à peine plus de 4h nous seront nécessaires pour atteindre le refuge, où nous attend un gigantesque plat de lasagnes aux légumes. Miam ! Un grand merci à Noëmie et Aurélien pour leur accueil et leurs précieux renseignements !
 
3 Juillet. Arête Sud-Est de la Pointe Brevoort, AD, 280m [topo].
Nous partons aujourd'hui sur une des arêtes de la Pointe Brevoort, qui présente une approche courte et offre du bon rocher si l'on reste sur son fil. Les cordées restent les mêmes.
 
Au final, une belle course, bouclée en 3h30, jamais très dure et relativement courte. On peut y exploser l'horaire sans trop se poser de questions (mais pour une fois nous la faisons presque dans les temps). Une fois atteinte l'antécime de la pointe Brevoort, nous continuons jusqu'au sommet par des rochers brisés, où nous retrouvons le magnifique panorama que nous avions déjà admiré cet hiver en ski de rando.
 
4 Juillet. But au plan incliné de la Tour Carrée (Roche Méane).
Si certains commencent à fatiguer, Denis quant à lui est enfin en pleine forme ; et les vannes se succèdent les unes aux autres.

Nous avions prévu de terminer la semaine par une dernière voie en AD. Celle-ci débute par une dalle inclinée de 100m, en 3c/4a. A priori rien d'inquiétant, mais le rocher y est compact et la pose de protection difficile : ça engage entre les points, et c'est assez expo au final !
 
Une fois rendus à l'attaque, Matthieu se rend compte qu'il a oublié les coinceurs au refuge. Un bel acte manqué, diront certains. Et surement aussi une accumulation de fatigue.
Imperturbable, Alain s'engage dans le plan incliné, suivi par Denis, qui laisse les protections installées par Alain pour la seconde cordée. Suit Matthieu, qui utilise celles-ci afin de progresser en tête à son tour.
Mais rapidement, le grenoblois ne fait plus le malin et se retrouve "pas bien" dans la voie : un peu trop expo à son goût.

Dixit Denis : "Ce plan incliné, finalement, c'est un peu comme de la salle pour Matthieu : 8 ou 9 points dans la voie, des dégaines déjà installées par Alain. Et même là, le Grenoblois, il ne grimpe pas ... quel déception !". Hélas pour Matthieu, et heureusement pour Denis, le rocher est bon (tout arrive) : pas de pavasse à lui balancer sur la tête.

Descente générale en rappel sur deux pitons (dont un branlant) ; c'est le but !
 
Retour au refuge, puis longue redescente à la voiture. Fatiguée, l'équipe reste à Grenoble pour la soirée (arrosée) où la canicule règne et la température ne descendra que très peu de la nuit. Les trois Nantais reprendront la route tôt le matin pour rejoindre Nantes à la fraîche (ou pas).
 
Un grand merci à toute l'équipe pour cette superbe semaine !
Et surement à l'année prochaine pour d'autres aventures ...
 
Matthieu
 
Disclaimer : le présent compte-rendu a fait l'objet d'un contrat de sous-traitance entre le CAFNA et le CAFGI ; ce dernier ne saurait être rendu responsable de quelconques propos mensongers ou diffamatoires.
 
Photos :
J1-J2-J3: Traversée de la pointe du Sélé - ici
J4: La fissure d'Ailefroide - ici
J5-J6-J7: Pointe Brévoort, Arête SE "La Nuit des Refuges" - lien à rajouter plus tard






CLUB ALPIN FRANCAIS NANTES-ATLANTIQUE
14 RUE BATONNIER GUINAUDEAU
44100  NANTES
Contactez-nous
Tél. 02 40 73 64 79
Permanences :
mercredi 19:00-20:30
Activités du club
Agenda