Carnet de route

avanies à Gavarnie

Le 24/03/2016 par Dandelot Paul

Si vous lisez ce texte c'est que nous nous en sommes sortis. Même si ce récit se décomposera en plusieurs parties (chacun des membres de notre équipe devant raconter une des journées de cette semaine), j’écris bien le samedi 19 mars, 18h, soit le jour de notre retour, ainsi plus aucun suspens ne plane quant à notre éventuelle rentrée sains et saufs.

Si vous continuez à lire c'est que le précédent paragraphe ne vous a pas rebuté, et que vous consentez à suivre le fil de ce récit ; c'est très bien, nous commençons donc par le lundi à 3h30.

Lundi 14 mars 2016

Je n'ai jamais autant haï et incompris mon réveil. Après avoir réussi à ouvrir mon 2ème œil, je cours rejoindre Raphaël qui nous conduira au point de RDV d'Orvault. Après de brefs bonjours à Claire, Gwen, Thomas, Jean-Charles, Juan-Carlos et Paul, le départ est donné, nous prenons la route vers Gavarnie.
A l'arrivée au refuge, Philippe notre chaleureux hôte n'a pas le temps de dire tartiflette que déjà nous sommes équipés de nos crampons, piolets et tout le tintouin, à faire des galipettes dans la neige pour
témoigner à notre chef d'escadrille de notre entrain à toute épreuve. C'est l'école de neige.
Nous rentrons fiers et fourbus de notre prestation, entamons les préparations du lendemain et soldons magistralement ce lundi par une extinction des feux précoce, où nous nous lancerons tour à tour dans une épique et ronflante marche des Walkyries[1], sombrant dans les bras de Morphée.

Mardi 15 mars

Après une première nuit au refuge La Grange de Holle, départ vers la station de Ski Les Espécières. Nous y accédons rapidement : la route est dégagée et ouverte bien que la station soit fermée. Il est 8h30, on branche et vérifie son DVA et c’est parti, premiers pas dans la poudreuse en marchant en raquettes. Comme Paul nous le fait remarquer plus tard, nous nous rendons compte que nous sommes partis à un rythme trop rapide et que nous sommes trop couverts. Chacun(e) enlève vite une couche et c’est reparti. On tourne à tour de rôle pour ouvrir notre chemin dans la neige, on s’enfonce à chaque pas de 50cm, ce qui est vite fatiguant lorsque l’on est le premier. Paul nous propose l’ascension du Pic des Tentes (2322 m) ou du Pic de Saint André (2531 m). Nous optons pour le Pic des Tentes qui nous semble moins engagé et qui nous promet une magnifique vue sur une partie du cirque de Gavarnie et sur la Brèche de Roland. Arrivé au pied nous chaussons les crampons, prenons nos piolets, et Raphaël nous fait la trace. Arrivés sur la crête, quelle vue, un moment magique, on sait pourquoi on a fait tous ces efforts. On mange à la table d’orientation puis on finit la journée en redescendant et en continuant à faire des exercices d’alpinismes.

Mercredi 16 mars

7h debout, la journée ne s’annonce pas aussi belle que la veille, le temps est couvert et il y a du vent. Par conséquent, nous changeons nos plans et nous nous dirigeons vers le fond du cirque de Gavarnie pour une école de glace. La première partie jusqu’à l’hôtellerie du cirque se fait en raquettes puis nous faisons le pari de ne prendre aux pieds que nos crampons…. Raté ! La couche de neige est trop épaisse. Certains font demi-tour pour récupérer les raquettes du groupe puis nous progressons jusqu’au fond du cirque car les cascades de glace sont peu formées au 1er étage à cause de la douceur de l’hiver. La plupart s’essayent tout de même à l’escalade sur glace en entendant régulièrement des blocs de glace tombés de la cascade adjacente. Finalement, nous plions bagages lorsqu’une mini-avalanche de poudreuse nous tombe dessus emportant nos sacs 30m plus bas.

Jeudi 17 mars

Réveil à 6:00 dans le refuge La Grange de Holle. Nous partons de Gavarnie (1374m) encore endormie et attaquons un chemin bien raide afin de rejoindre au bout de 2h le refuge des Espuguettes  (2027m) pour une pause café à l’abri du vent à l’intérieur du refuge. Après cette montée plus rapide que prévue et l’arrivé de quelques éclaircies nous nous décidons de nous attaquer au Pimené. Mais lorsque la pente devient de plus en plus raide, les raquettes ne suffissent plus ; il nous faut donc chausser les crampons et attaquer la pente de face (ce qui ne convient pas à tout le monde). Bref nous rebroussons chemin à 2256m pour revenir vers le refuge et prendre le pique-nique du midi assis sur des chaises.

Pour le retour nous décidons de mettre en pratique les exercices du stage cartographie, trouver un thalweg, puis prendre un azimut à 220°, descendre un vallon et repérer la cabane d’Alanz. Jusque-là tout va bien mais l’absence d’un chemin sur la carte de Paul nous fait perdre le « Nord » et après quelques tentatives nous revenons sur nos pas pour prendre la carte en ma possession et retrouver le chemin qui descend par un sentier abrupt vers Gavarnie (toujours engourdie sous la neige). Retour au refuge pour une douche bien chaude et une bière avec le feu de cheminée derrière nous.

Au final nous avons fait 1053m de dénivelé + pour 7h40 de sortie.

Vendredi 18 mars

Le Grrrrrrrand beau temps comme on les aime, ciel étoilé, petit froid vif et mordant qui fait crisser les pas. Le minibus est garé à 1720m dans le lacet caractéristique de la route des Espécières, et nous voilà partis raquettes aux pieds pour le col de Lary atteint en 1h30. Point n’est besoin de monter plus haut toute la charge : les pique-niques y restent, et nous partons piolets en mains chaussés de crampons dans la pente sommitale à 45° pour atteindre le sommet du même nom. Le dévers et l’exposition des 10 deniers mètres ne permettront qu’à quatre d’entre nous de fouler le vrai point sommital. Repus, cramés de la face et ampoulés des orteils nous voilà de retour au refuge vers 13h, séparation des passions. Loup et Jean-Charles descendent à Gavarnie pour louer des skis de rando puis remontent avec Raphaël faire glisser leurs peaux aux Espécières. Les autres s’en vont en ballade post meridiem sur la route forestière de la sapinière de Bué, ensorcelante de solitude au soleil déclinant. Claire a des velléités séparatistes sur le chemin du retour, mais bon, quelques invectives sorties du fond du cœur assorties des châtiments corporels appropriés lui feront retrouver la voie de la raison.[2]

Samedi 19 mars

Surprise au réveil, Jean Charles est absent, nous le retrouvons au cours du petit déjeuner où il nous annonce s’être levé vers 3h pour monter en ski de randonnée jusqu’au pied de la station de Gavarnie et profiter une dernière fois de la montagne. Tout le monde le félicite et salue son courage, la majorité a préféré faire une petite grasse matinée après cette semaine bien sportive.

Après avoir finalisé nos sacs, libéré nos chambres et chargé le mini bus, nous disons tous au revoir à notre gardien de refuge, Philippe, qui aura su nous mettre à l’aise et être aux petits soins avec nous toute la semaine.

Après une vingtaine de minutes de route, petit arrêt à Luz Saint Sauveur, pour un ravitaillement en fromage et en charcuterie pyrénéennes et dire une dernière fois au revoir aux Pyrénées.

Retour à la civilisation à Bordeaux où la pause déjeuner au self restaurant est un choc. La confrontation[3] avec un centre commercial un samedi à 13h est un peu rude pour tout le monde.

Arrivée sur Nantes sans encombre, nous nous disons tous au revoir à Orvault avec déjà un rendez vous pour une soirée de convivialité et ainsi partager nos souvenirs photographiques.

Réflexions concluantes : la météorologie n’est pas une science exacte. En montagne, de surcroît, elle est variable, très variable. Il ne faut pas sous-estimer son pouvoir. Elle sait affoler les altimètres. Elle est joueuse. Elle ne laisse personne indifférent. Elle perturbe le baromètre intérieur de chacun.

Le français est de manière générale un grand râleur. Il est connu comme tel par ses homologues européens. En résumé, le français est rarement content. La météo est un sujet de conversation quasi quotidien, ça meuble le temps (sans mauvais jeu de mot) : « Il n’y a pas assez de neige, il y en a trop. Il fait trop froid, trop chaud. Il y a du vent. Il fait moche, il pleut. Le temps est gris, c’est déprimant etc. ».

A Gavarnie, du 14 au 19 mars, la beauté et l’enchantement étaient au RDV. Le soleil nous a inondés de sa lumière et de sa chaleur pendant 3 jours et les flocons de neige sont venus caresser le bout de nos nez pendant 2 jours. La neige était abondante, la nature généreuse ; les flocons, une mosaïque de cristaux virevoltante, un plaisir pour les yeux…

En 2 mots : Mme Météo (et oui, c’est une dame), a convoqué dans le cœur de chacun, pendant ce séjour, humilité et gratitude.

Terminons par une ode en acrostiche à Philippe, gardien de la Grange de Holle :

Partir en montagne le ventre vide, ce n’est pas recommandé. Il faut bien s’hydrater, bien s’alimenter.
Heureusement, au refuge, le gardien veille… C’est l’âtre et l’âme à la fois du lieu.
Il prépare de bons petits plats, il y met tout son cœur :
Lasagnes, gratin dauphinois, confit de canard, risotto et sauté de dinde…
Il ne lésine pas sur la quantité : « Vous n’allez pas me laisser ça ! » et sur les desserts…
Pour les randonneurs, le gardien met les bouchées doubles : « Un peu de vin avec tout ça ? »
Pour que chacun se sente bien, comme à la maison, ambiance chocolat chaud au coin du feu
Et qu’avec l’estomac plein, chacun s’abandonne au sommeil, repus et régénéré.
 

Chaque matin, les thermos sont prêts sur le bar ainsi que les pique-niques : « Bonne journée, à ce soir ».
« Ou étiez-vous aujourd’hui ? », la question rituelle du retour ne manque jamais à l’appel.
Rien n’est laissé au hasard côté nourriture : DLC, chaîne du froid, gestion du stock, variété…
Des régimes alimentaires spécifiques, il y a en a de plus en plus, effet de mode ou prise de conscience ? Le débat reste entier mais rien ne sert d’épiloguer...
Il faut s’adapter, personnaliser les menus, accueillir tout le monde et chacun comme il est,
Et tous les jours, ne pas oublier de sourire, de faire plaisir car finalement : « Un…
Refuge, c’est une grande cuisine où les gens vont et viennent »…

signés(e) Claire Gwenaël Jean-Charles Juan-Carlos Loup Paul Raphael Thomas

 

[1] Les Walkyries ronflaient ? je vais immédiatement avertir par table tournante Richard Wagner de cette importante précision, il doit revoir sa Tétralogie en y ajoutant des scènes ca-pi-ta-les ! (Note Du Cadre Organisateur)

[2] Conclusion : quand Dieu a créé la Femme, il avait visiblement ses raisons. (NDCO)

[3] Brutale ! (NDCO)







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