Carnet de route

Le Valier

Le 01/05/2017 par Benjamin Moret

MONT VALIER - Couloir Faustin - AD+

30-31 mars 2017

Le projet originel d’enchainer 2/3 grandes courses sur 3 jours autour de Gavarnie à encore une fois été botté en touche par Miss Météo…
Nos 4 protagonistes (Alain, Thomas, Etienne & Benjamin) se retrouvent donc mardi soir au local pour une rapide réunion de préparation.

Après avoir synthétisé les différentes données, les indices ne sont pas franchement au vert sur Gavarnie (sans compter le PGHM pas des plus rassurant, je cite : « c’est pourri », fin de citation).

Mais l’opiniâtreté des Cafistes Nantais n’est plus à prouver et, n’en déplaise à ce cher Tryphon Tournesol, la décision est prise d’aller chercher plus à l’Est, ou la météo et le BERA ne sont pas si pire

C’est donc l’Ariège qui est élu au suffrage universel (2 votes sur 4, ça sent la magouille électorale avant l’heure) et plus précisément le Couloir Faustin, belle balafre dans la face Est du Mont Valier, coté AD sup.
https://www.camptocamp.org/routes/56530/fr/mont-valier-couloir-faustin

Rendez-vous est pris aux bourdonnières après le boulot (ou la soupe pour les retraités) et départ pour une nuit au formule 1 de Pau... de Toulouse !
Rassurez-vous, malgré l’arrivée tardive à minuit passé, on reconnait tout de suite la patte de l’architecte et on n’est pas dépaysé pour un sous…

Jeudi 31 mars 2017 : Montée au refuge + reconnaissance approche. D 1150+ / 250-

5h45 : Levé matinal car la journée est annoncée très chaude (28°C à Seix...)

9h : Bon, finalement il fait froid de gueux : 1°C au parking et les 3h de montée ne seront pas de trop pour réchauffer les organismes acclimatés au doux climat océanique…
Malgré la saison, on est bien loin d’une approche hivernale, mais la vallée d’Estours offre un décor sublime, les arbres sont recouverts de lichen, le cours d’eau est d’une limpidité époustouflante, le Mont Valier et notre itinéraire du lendemain se dévoile progressivement, l’imposante face des Cuns D’Aula resplendit dans le soleil printanier, c’est le pied !

12h : Arrivée à la cabane d’Aula 1550m, qui mériterait plutôt le titre de Palace d’Aula : lits superposés, sommiers, matelas, couvertures, table, chaises, poêle à bois, flipper, sauna, etc etc..
Comme prévu, l’après-midi est chaude et la neige déjà rare à 1500 fond à vue d’œil.

13h : Nous partons en reconnaissance car demain l’approche se fera à la frontale.

14h : Après 1h de crapahutage, un différend sur l’itinéraire à suivre conduit à former les cordées plus tôt que prévu.
Alain et Thomas partent donc d’un côté préférant suivre la carte et faire du toboggan dans de la neige de printemps, Etienne et Benjamin préférant se fier à la description du topo et s’amuser dans le fameux « Mixte Ariégois » (nom scientifique pour un vulgaire terrain à chamois mais parsemé de rhododendrons miniatures...).

16h : Retour à la cabane pour une sieste au soleil bien mérité. L’itinéraire est tracé jusqu’à pied du cône de déjection du couloir et nous ne le regrettons pas : les sentiers « peu marqués » sont inexistants et les fortes pentes herbeuses sont traitresses en grosses…

19h : les ventres sont pleins, les dents brossées et tout le monde est couché.

19h30 : une rafale de vent ouvre la porte du refuge

Alain : « il y a quelqu’un ? »

Thomas : « Oui »

La communication dans la cordée fonctionnant à merveille, tout le monde peut se rendormir sereinement.

Vendredi 31 mars 2017 : Couloir Faustin, Mont Valier, retour. D 1400+/2300-

4h : Malgré un « Très bon regel nocturne » annoncé par le BERA, c’est non sans appréhension que nous quittons la cabane dans une bonne soupe printanière… Nous commençons presque à regretter le fait d’avoir laissé les raquettes dans la voiture…
Malgré une double reconnaissance la veille et une trace enregistrée dans le GPS, nous avons tout même réussi à faire un petit aller-retour. Il faut croire que cette fichu approche n’était vraiment pas évidente…

6h : Nous attaquons enfin les pentes de neige du cône de déjection du couloir.
Les crampons mordent à merveille et les doutes concernant la qualité de neige sont vite dissipés.
En revanche, vu les pierres qui parsèment la pente, il ne va pas falloir trainer dans la course si on ne veut pas se faire caillasser.

6h30 : Un petit coup d’œil vers l’Est nous permet de distinguer le premier signe de l’aube : ce fin liseré rouge qui s’épaissi et s’éclairci à vue d’œil.

7h : Après une demi-heure à se demander si nous n’avons pas passé la rimaye sans nous en rendre compte, nous tombons finalement dessus. Il semblerai qu’elle soit cette année plus haute en altitude que sur le topo. Le passage s’effectue sans encombre et nous entamons le couloir dans la lumière tamisée grandissante

7h30 : Nous arrivons au crux de la voie en même temps que le soleil : ce fameux bloc coincé et son pas de IV qui nous fait fantasmer depuis 2 jours.
Et ce passage se révèle beaucoup plus formateur que prévu :
Alain révise ses relais sur coinceurs, Etienne fait chanter son premier piton, Thomas découvre qu’un pas de IV crampons aux pieds ce n’est pas si facile, et Benjamin se dit qu’il aurait mieux fait d’y aller en tête au lieu de se geler les miches en second.

8h : Une fois le bloc passé, le couloir se redresse à 55° sur quelques centaines de mètres et nous progressons en corde tendue. La neige est parfaite, les marches sont taillées aisément, il n’y a pas de vent, le temps est stable et le moral est au beau fixe.

10h : Arrivée au Col Faustin à 2653m, qui relie le Mont Valier et le Petit Valier. La pente sommitale se dresse devant nous et nous nous y engageons sans plus attendre. Si pour certains c’est une formalité, d’autre ont plutôt l’impression que le Valier culmine à 6000m…

11h : Au sommet du Mont Valier à 2838m. Finalement, le plafond nuageux est haut et nous profitons d’un beau panorama sur les Pyrénées. Vers l’ouest, c’est plutôt couvert et nous ne regrettons pas d’avoir changé nos plans. Après quelques minutes le vent nous rappelle fraichement que nous sommes là pour une hivernale et l’envie de descendre se fait pressante.
De retour au Col Faustin, il nous faut de là gravir le Petit Valier pour redescendre sur versant Sud. Cette courte ascension (70m) se fait néanmoins sur une arête cornichée de toute beauté, ambiance assurée.

12h30 : Casse-dalle au Col de Peyre blanc à 2550m avant d’attaquer le couloir de descente.

La descente est longue mais s’effectue dans des conditions de neige plus que correcte au vu des températures annoncées dans la vallée. La couverture nuageuse a permis aux parois de ne pas trop prendre le soleil et pas une pierre ne dégringole dans les couloirs aujourd’hui.

14h : Passage par le Pas de Clauere qui domine la cabane de 300m. De là, c’est un PR qu’il faut suivre. Alain, comme à son habitude plus à l’aise dans le terrain à chamois préfère tirer dans le raid.

14h30 : Retour au Palace d’Aula après 10h30 de balade hivernale. Alain, toujours habité par son esprit totem, s’abreuve et fait trempette dans une eau à 0°, pendant que les humains moins téméraires préfèrent siester au soleil.

16h : Après un rapide coup d’œil aux prévisions météo, 2 solutions s’offrent à nous : passer la nuit dans la cabane et redescendre sous la pluie demain matin, ou plier bagage tout de suite et redescendre au parking en fin d’après-midi, mais cette seconde option nous rajoute 2h et 900m de dénivelé négatif supplémentaire sur une journée déjà bien remplie…
10 minutes et 2L de thé plus tard, nous rassemblons nos affaires.

17h : Nous entamons donc la descente plus motivés que jamais avec un seul objectif : tenir l’horaire GR de 2h10 indiqué.

18h30 : Qui qu’c’est que v’la qu’on avait voulu éviter en descendant plus tôt ? la pluie…

19h : Bon Dieu mais qu’est-ce que c’est long ce fichu retour…

19h15 : Le calvaire se termine enfin, après 2h15 de descente et les genoux en compote.
Eh bien non, le calvaire n’est pas fini ! il faut encore trouver un hébergement pour la nuit… Autant vous dire que l’Ariège fin mars c’est ... le néant…

20h30 : Ironie du sort, nous séjournerons finalement au bien nommé Hôtel Le Valier à Saint-Girons. La déco est kitch à souhait mais c’est propre et le gérant est plutôt sympa.

22h30 : Un bon magret de canard et une bonne douche chaude plus tard, le repos bien mérité est enfin possible et nous sombrons des belles images plein la tête.

C’est toujours fascinant de sortir de la cabane en pleine nuit et d’entamer l’ascension à la frontale en se demandant qu’est-ce qu’on fout là, de déboucher au sommet dans une ambiance hivernale, et de se retrouver dans une forêt humide 2000m plus bas dans la même journée en ayant finalement trouvé la réponse à la question précédente.
Il y a quelque chose de magique et on ne s’en lasse pas.
Un grand merci à mes compagnons de cordée pour cette belle course.

Benjamin.







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