Carnet de route

Le jour de la ruée vers l'Orlu

Le 24/09/2014 par franck barradis

Un jour, on entend un ancien au caractère affirmé, grimpeur ariègeois de son état, évoquer la dent d'Orlu, comme une fierté de sa contrée, des étoiles brillant au fond des yeux. C'était il y a déjà bien longtemps.

Puis, au fil des années, quand on passe de temps à autre en voiture par la RN20, on prête alors attention à cette dent rocheuse dominant la forêt, en levant les yeux et en se disant un jour peut-être...

Un jour d'une autre année, elle figure au programme du CAF de Nantes, mais la météo capricieuse du secteur fera alors -déjà- capoter le projet.

Peu à peu, est-ce sans doute ainsi qu'on devient... mordu de la dent d'Orlu.

 

Une autre fois, c'est le camp d'été du même CAF qui s'établit délibérément à Orlu, tel un camp de base au pied de la montagne assidûment convoitée. Mais durant ce siège d'une semaine, celle-ci ne daignera même pas paraître, demeurant perdue dans des nuées sombres et humides, accentuant son aura de mystère et de difficulté.

Pire, il fallut même fuir ! Fuir les lieux en pleine nuit, en suivant un ordre d'évacuation asséné par haut-parleur, face à un risque de crue impétueuse imminente et sous la menace d'un barrage plein à raz bord, conséquence d'un déluge incessant de plusieurs jours digne de Zeus. Comble de l'humiliation, la colère des Dieux de l'Orlu nous précipita alors au milieu d'un embouteillage de voitures, de caravanes et autres vans, enchevêtrés dans un camping à 1H00 du matin. Pire que Watterloo, ce fut dent pour dent d'Orlu.

 

Puis de nouveau, les années passèrent jusqu'à ce jour de grâce d'août 2014.
Nous sommes alors stationnés dans la vallée d'Ax-les-Thermes depuis 2 jours et venons d'essuyer un magistral front de pluie. Son avancée visible à des kilomètres avait fait disparaître en quelques instants tout le panorama qui s'offrait à nous, alors que nous dînions dehors avec un flegme très brittanique. Admettant in extremis que nous étions bel et bien la cible de ce phénomène météo outrageusement offensif, nous nous retrouvâmes quelques secondes plus tard, réfugiés dans notre tente commune, chacun arquebouté sur un piquet de l'armature, afin que cet abri de fortune, déjà transformé en cabine de douche à jets multiples, ne soit pas purement et simplement pulvérisé.

Le jour suivant, de guerre lasse, tandis que certains téméraires -qui resteront ici anonymes- se résolvent à grimper sous la pluie au roc de Sédour, d'autres, moins joueurs, s'occupent à consulter une fois de plus les prévisions météo pyrénéennes. C'est alors que la chance semble enfin vouloir tourner et vouloir sourir aux audacieux. Tel le miracle de la mer s'ouvrant devant Moïse, il est annoncé que la mer de nuages, qui couvre toute la vallée depuis plusieurs jours, laisserait le lendemain émerger la dent d'Orlu dans un ciel d'azur.
Après une nuit d'un sommeil plein d'espoir, nous sommes d'attaque à potron-minet, sans l'ombre d'une hésitation, galvanisés par cette opportunité inattendue.

 

Le 12 août 2014 est ainsi ce jour de la ruée vers l'Orlu, qui nous voit sortir avec vélocité des limbes humides, au-dessus de 1500 m d'altitude, pour découvrir la face Est déjà ensoleillée, flottant tel le flan d'un navire amiral, à la tête de l'armada des sommets de la chaîne pyrénéenne.
Puis c'est l'ascension vers le grand bleu, avec son départ dans une autre dimension, la verticalité. Tels des Dieux de l'Olympe, gagnés par l'humilité et l'émotion d'un moment rare et tant attendu, nous nous extirpons peu à peu, au gré ici d'un graton de pied, là d'une réglette de main, de cet halo de brumes mouvantes, tantôt nous enveloppant, tantôt se déchirant. La voie à suivre devient évidente, ce sera pour nous celle de « l'escalade-plaisir » ou de l'escalade « sans ennui » -d'aucune sorte-, ce sera la voie bien nommée « fleur de rhodo ». Une grimpe de 350 m assez variée, quoique souvent en adhérence de pied, pratique qui à la longue titillera un point vulnérable des simples humains, à savoir le tendon d'Achille. Une grimpe au soleil rayonnant, au-dessus du spectacle continu des vagues de volutes aux marées montantes et descendantes. Une grimpe comme un rendez-vous au-delà des frontières, où l'on entend parler à gauche anglais, à droite espagnol.
Et enfin, le sommet... Le sommet en vue, le sommet atteint, plus rien au-dessus, si ce n'est un ciel ce jour-là clément ! Nous nous rétablissons pleinement sur nos jambes, le sommet si longtemps projeté est là, sous nos pieds, comme un motif de joie à partager entre compagnons de cordée, comme une récompense à la patience, comme un épilogue heureux d'une longue histoire de plusieurs années, le point final de la dernière page d'une première ascension à Orlu. Un moment d'autant plus savoureux qu'il s'est fait attendre. De quoi oublier avoir eu un jour une dent contre cette dent.

 

Protagonistes : Thomas Pourteau, Olivier Dumas, Antoine Riche, Franck Barradis.
Séjour : semaine « grimpe en montagne » du 15/08/2014 – Olivier Dumas.







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