Carnet de route

Mont Blanc à Ski, enfin !

Le 30/05/2026 par Vincent BOUTES

Ascension du MONT BLANC (4808m)

26/04/2026


 

Quel challenge pour arriver à faire le Mont Blanc !

Déjà pour trouver un créneau avec une météo suffisamment favorable : 4 sur 5 ont dû être annulé. Et le cinquième, qui fut le bon, était assez inespéré car récupéré seulement une semaine avant, à la suite d’annulations. Qui plus est sur le weekend (nuit en refuge le samedi soir) ce qui nous a permis de ne poser qu’un jour de congé.

Au retour de nos raids de fin de saison respectifs nous sommes donc restés dans l'attente, à faire de la veille presque quotidienne des conditions ; pendant près de 10 jours qui en ont paru le double ! En étant sur le qui-vive, prêt à saisir le premier alignement des planètes suffisamment convenable.

Le numéro gagnant s’avèrera être le 25/04 ! Avec ascension le lendemain. On s’est donc lancés dans les réservations de dernière minute : transports (train jusqu’à Lyon + voiture), hôtel, télécabine Plan de l’aiguille et puis bien sûr la préparation du sac.

Les dés sont jetés, la mission peut commencer.


 

Le stress et l’excitation montent d'un cran le vendredi soir dans le train avec le périple à venir devenant de plus en plus concret.

Grosse préparation lors du trajet pour définir notamment le meilleur tracé à suivre au vu des retours terrain. C’est décidé nous passerons par le Corridor et ses imprévisibles séracs plutôt que par la voie normale et son arête verglacée n’autorisant aucune chute.


 

Samedi 25/04 (6km, d+ 944m, d- 200m, 5h08)

Devant la télécabine vers 11h l’impatience pointe gentiment le bout de son nez face à un embarquement qui commence à se faire attendre. Nous savons que la journée jusqu'au refuge des grands mulets ne sera pas si simple ni si rapide et que nous commençons déjà tard.

Une fois arrivés au Plan de l'aiguille, on chausse les skis, on repère rapidement le meilleur chemin pour traverser les premières moraines et on file. Tout du long nous croisons ceux qui viennent de faire le Mont Blanc dans la journée. Certains ont l'air un peu fatigué…

Ils nous annoncent que la descente n'est plus la poudreuse annoncée d’il y a quelques jours mais maintenant du béton. Logique. On verra en temps et en heure.

Nous continuons, déchaussons quelques fois, passons devant l'ancien télécabine puis arrivons enfin à la Jonction. Passage clé du glacier des Bossons, il nous faut y trouver notre chemin dans un paysage chaotique composé de crevasses béantes et d’énormes rochers. L’encordement bien qu’obligatoire ne facilite pas la tâche pour se mouvoir en ski dans ces méandres tout en gardant la corde bien tendue, bien entendu.

Une fois passée il reste la montée vers le refuge, sans difficulté particulière mis à part les vingt derniers mètres rocheux, effilés et exposés mais bien sécurisés par une main courante.

Timing tenu avec une arrivée à 16h30, parfait.

Nous nous annonçons au gardien et prenons ensuite le petit apéro/goûter qui va bien. Nous apprenons également que nous serons au deuxième service de 20h ; pas de chance sachant que le petit déjeuner sera servi à 2h30. Petite nuit en perspective donc. On prépare le maximum avant le repas pour pouvoir se coucher tôt. Guillaume et Patrick iront même jusqu’à faire une sieste. Impossible pour moi : en allant de l'autre côté du refuge je tombe sur une vue incroyable et reste scotché un petit moment. On peut y admirer l'aiguille du midi, des glaciers hyper crevassés de toute forme et leurs séracs. J’assiste même en direct à une très impressionnante chute et au bruit fracassant qui l’accompagne.

Le soir cette vue sera encore plus magnifique avec le soleil couchant et elle demandera beaucoup de volonté pour en détourner son regard et ne pas aller se coucher trop tard après le repas. Un goût de trop peu mais il faut être raisonnable car la nuit va être courte et la journée de demain très longue.


 

Dimanche 26/04 (17km, d+ 1800m, d- 2416m, 13h28)

Le lendemain matin les choses démarrent difficilement. Le service pour le petit déjeuner n’est pas au rendez-vous. Pour on ne sait quelle raison chacun doit, pour manger, faire la queue pour avoir son plateau et espérer se trouver une place ensuite. Finalement on ne s'en sort pas trop mal avec un départ à 3h40.

La tension est palpable, chacun veut partir au plus tôt, on ne sait pas de quoi sera fait la journée. On part à la frontale évidemment, il fait encore bien nuit.

Nous partons confortablement en suivant les traces et les cordées devant nous. Cette première partie le long des Petites et Grandes Montées se fait très bien. De nuit le terrain défile sans que nous nous en rendions compte. Personnellement je suis très attentif à mon rythme en essayant d'économiser au maximum mon énergie tout en grignotant et m’hydratant dès que j’en ai l’occasion. Il s’agit de préserver autant que possible ses forces, nous n’avons jamais fait d’aussi grosse journée en aussi haute altitude, l’incertitude et la prudence sont de mise.

Nous retrouvons enfin le jour une fois arrivés sur le Grand Plateau. Bien que le soleil ne se montrera pas avant un bon moment…

Nous y bénéficions d’une petite zone de plat pour se refaire un peu le temps de rejoindre le début du Corridor. On est à 3800 mètres d'altitude, cela fait 3h déjà que l’on est parti mais l’on se sent plutôt bien, ne ressentant pas encore les effets de l’altitude. Il semblerait que l’acclimatation de début Avril soit toujours présente, au moins en partie. Rapidement arrivés à la fin du Grand Plateau il est temps de réattaquer la montée.

C’est là que la situation se corse. Ce n’est plus le même effort, notre rythme baisse progressivement, le mental rentre gentiment dans la danse. Une fois au pied du Mur (c’est le cas de le dire) de la Côte nous prenons une vraie pause, on est à 4400 mètres et il nous aura fallu 2h pour faire un peu moins de 400 mètres de dénivelé seulement.

Ça y est les choses sérieuses commencent.

On fait le point entre nous et réalisons que nous sommes bien entamés, on a pris un coup. Cette dernière montée s’est ajoutée à la fatigue accumulée lors de la journée. Cela fait déjà environ 6-7h que nous avons chaussé les skis, sans compter les 1400 mètres de dénivelés déjà effectués. En temps normal ce serait déjà considéré comme une grosse journée mais là on est encore loin d’être arrivé. On a devant nous 400/500 mètres de D+ en haute altitude ainsi qu’une longue descente et son lot de passages délicats. Le raide Mur de la Côte qui nous fait face ne réhausse pas vraiment notre optimisme non plus.

A ce moment-là et pour la première fois nous nous demandons vraiment s’il faut renoncer. Intérieurement l’hésitation est grande, le tiraillement important : le sommet est visible, personne ne veut être celui qui priverait les autres d’une ascension mythique, sans parler de l’anticipation de toute la déception et des regrets qui en découleraient ou même de la faible probabilité de retrouver une telle opportunité.

De l’autre côté la fatigue est importante. Il y a cette longue et possiblement périlleuse descente ; la neige sera certainement dure au début et les premiers passages raides, voire parfois sous les séracs, il faudra donc être suffisamment en forme et ne pas traîner. Ne pas sous-estimer non plus la longueur de la journée et le timing pour revenir au Plan de l'aiguille avant 17h. Il s'agit de bien calculer son effort donc.

Après un moment de flottement global où l’indécision est omniprésente, nous décidons finalement de continuer, de passer ces 100 mètres en crampons et d'aviser à nouveau ensuite.

On démarre la montée, pas à pas, minimisant l’effort au maximum. Une fois terminée nous arrivons sur une zone de replat. Nous constatons alors que nous nous sentons mieux, la montée s'est bien passée, la pause au point de décision précédent nous a visiblement fait du bien. Qui plus est, le sommet apparait beaucoup plus proche maintenant, quasiment à portée de main. Ça en aurait presque l’air facile ! La confiance en notre capacité à réussir remonte fortement. Nous décidons bien sûr de continuer.

Arrivé au pied de cette montée finale, nous choisissons de laisser les skis et de finir en crampons car la neige semble très travaillée par le vent et que la descente en serait d’autant plus compliquée.

En plus il existe déjà des marches, pourquoi s’en priver. Et heureusement car les derniers 250 mètres de dénivelé sont loin d'être aussi simples qu'espéré. L'altitude se fait sentir plus que jamais. On se dirige doucement vers les 4808m du Mont-Blanc. On se croirait comme ces gens faisant l’Everest : lent, un pas après l’autre, sans pouvoir vraiment enchaîner. La montée a semblé interminable jusqu’à aux derniers mètres où la pente s’adoucit et laisse découvrir une vue à 360° incroyable.


 

Ça y est nous l’avons fait !!


 

Et la récompense est à la hauteur, nous ressentons vraiment le fait d’être sur le toit de l’Europe (occidentale). Tout a l'air plus petit et lointain. Se tenir sur le Mont Blanc nous donne l’impression d’être dans un autre monde, un monde à part, loin de tout. Une bulle et une parenthèse à la marge de la société et de la vie.

Une expérience inoubliable.

Malgré l’envie de prolonger le moment indéfiniment nous décidons de ne pas trop tarder. Une longue descente nous attend encore.

Quel bonheur et soulagement d’avoir réussi, on en oublierait presque la fatigue. On redescend récupérer les skis puis on enchaine.

La première section est vraiment la plus délicate. Nous devons naviguer sur de la neige béton entre les Sastrugis, les séracs et leur débris importants et tout ça dans des endroits parfois étroits à coup de dérapage. Heureusement quelques traces sinueuses nous facilitent un peu la tâche. On traîne le moins possible, on ne sait jamais quand de nouveaux blocks se détacheront, d’autant plus que c'est une zone qui a été assez active ces derniers jours.

Et bien nous en a pris. Dès cette portion dépassée, une chute de sérac se produit pile là où l’on venait de passer, bien que mobilisant un faible volume. Mieux valait ne pas être en dessous malgré tout. Les skieurs qui nous suivaient y ont échappé de justesse s’étant arrêté peu de temps avant le passage en question.

Le reste de la descente sera beaucoup plus simple avec une neige qui continue de s’améliorer. On ne traîne pas pour autant, on sait qu'on est limite en termes de temps et qu’il y a encore la Jonction chaotique à traverser suivie de passages à pied une fois au cœur des moraines.

Les nombreuses manips et complexités du terrain n’ont finalement pas raison de nous. Moyennant une accélération voire un petit sprint sur la fin nous arrivons à attraper de justesse la dernière télécabine descendant de l’aiguille du midi. Nous évitons par la même occasion milles mètres de dénivelés négatifs supplémentaires à faire en chaussures de ski en terrain escarpés et après 13h30 d’efforts…

Une fois dans cette télécabine nous pouvons enfin relâcher la pression, l’effort est terminé, on peut maintenant savourer. On rejoint le véhicule déposer nos affaires avant d’aller boire un verre sur la terrasse d’un bar, au soleil.

La rudesse de la montagne et du périple fait place à la douceur du printemps et à la nature florissante.

On en profite encore un peu puis nous prenons la route peu de temps après pour pouvoir dormir à Lyon et être au plus près le lendemain matin pour prendre notre train retour de 6h30.

Grâce à ce train Patrick et Guillaume, les deux courageux (ou masochistes ?), pourront bosser l'après-midi et économiser leurs congés. Le temps passé à bord nous permet de vraiment nous poser et de revenir sur ce que nous venons de réaliser, de revoir ces photos et les endroits magnifiques que nous avons parcourus.

Nous l’avons fait ensemble, grâce aux uns et aux autres. C'est quelque chose qui maintenant nous lie et que l’on évoquera probablement souvent entre nous, pour se remémorer cette aventure unique et le bonheur d’avoir vécu ça.

Mention spéciale pour Guillaume dont cela faisait 7 ans qu’il nourrissait ce projet.

Il l'a fait. Et nous aussi.







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