Carnet de route

Haute Route impériale de Zinal – 5 au 11 avril 2026

Sortie :  RAID Haute Route Impériale du 04/04/2026

Le 29/04/2026 par Antoine RICHE

Haute Route impériale de Zinal – 5 au 11 avril 2026

Suivez le trajet sur cette carte interactive : http://u.osmfr.org/m/1383588/

Jour 1 – De Bella Tola à Turtmannhütte

Le raid débute par les remontées mécaniques de la station Saint-Luc, dans la vallée de Zinal. Un funiculaire, un télésiège et 2 téléskis (et quelques descentes entre chaque remontée) nous mènent au sommet Bella Tola à 3025 m. C’est ici que commence la Route impériale de Zinal, par une longue descente jusqu’au fond de la vallée Turtmanntal (ou Tourtemagne).

Dans l’euphorie de la descente sur une bonne neige en face Est, Cédric se laisse entraîner par un couple qui nous dépasse et disparaît au moment de la pause déjeuner. Il découvre son erreur un bon kilomètre plus loin et nous attend sagement. Nous finissons par le rejoindre, rassurés de le retrouver.

Arrivés en fond de vallée, nous mettons les peaux pour monter jusqu’à la cabane de Tourtemagne (Turtmannhütte) en traversant un lac gelé. Du refuge nous pouvons admirer les glaciers et sommets qui nous attendent les jours à venir. L’ambiance montagne s’installe dans notre équipe.

Jour 2 – Ascension du Brunegghorn

L’objectif de la journée est l’ascension en aller-retour du Brunegghorn, soit 1400 m de dénivelé. Peu après avoir franchi le couloir Gassi avec les crampons aux pieds et les skis sur les sacs, nous atteignons le glacier et nous encordons. La corde est bien embarrassante lorsque nous progressons en zigzags, elle se tend et se détend, s’obstine à passer sous les skis. « Attends Cédric ! Recule un peu que je puisse faire ma conversion. ».

Bref, on perd un temps précieux et nous manquons de respect envers Maître Horaire. Or l’horaire est crucial pour que la neige ne soit pas trop humide et les ponts de neige trop fragiles lors de la descente. Le verdict s’impose : nous nous contentons de l’antécime du Brunegghorn à 3700 m, 150 m sous le sommet. L’arête qui relie le Bishorn au Weisshorn nous offre un sacré spectacle !

Nous nous consolons par une belle descente en bonne neige, sur de grands espaces glaciaires suivis d’un vallon encaissé puis d’un couloir un peu raide. À la sortie du couloir Fred entend couler l’eau d’un torrent : il se précipite pour remplir sa gourde filtrante. Nous faisons tous le plein d’eau pour économiser les 12 CHF extorqués par le refuge pour chaque bouteille d’eau minérale !

Jour 3 – Transfert à la Cabane Tracuit

Pour rejoindre la Cabane de Tracuit à 3256 m, nous commençons par le même itinéraire que la veille – en plus efficace. Nous bifurquons pour descendre le glacier Bruneggletscher puis remonter le glacier Turtmanngletscher. On monte, on descend, on remonte : on peaute, on dépeaute, on repeaute. Cédric trouve ça « ludique », Guillaume nous motive inlassablement : « Allez on est efficace dans les manips ! ».

En approchant de la Cabane de Tracuit nous nous écartons sagement de l’itinéraire classique, sur lequel dégoulinent des avalanches de neige humide. L’arrivée à la cabane nous offre une vue à couper le souffle. Vue d’ici la Dent Blanche est si impressionnante que certains la prennent pour le Cervin…

Les plus énergiques sont motivés pour grimper à la Pointe de Milon, qui laisse présager une belle descente de 400 m de dénivelé. Moi-même et nos encadrants, Guillaume et son stagiaire Vincent, préférons conserver de l’énergie pour le lendemain. On négocie, on teste l’autorité du chef-stagiaire ... qui tranche : tout le monde reste sagement au refuge. Refuge qui a ses avantages : un vue tout aussi admirable que depuis l’extérieur, grâce aux grandes baies vitrées, et les talents en pâtisserie de l’équipe qui nous accueille.

Jour 4 – Ascension du Bishorn (4151 m)

Départ 7h. Les chefs mettent d’entrée la pression : on redescend à 11 h quoiqu’il arrive. Le parcours est simple – juste quelques crevasses et plaques de glace à contourner – et nous progressons à un bon rythme. Ce sommet est manifestement un grand classique du ski-alpinisme, il y a bien une cinquantaine de skieurs sur la pente. Nous arrivons au sommet à 10h30.

Nous sommes de retour à la Cabane Tracuit avant midi. Les plus voraces d’entre nous s’offrent un rösti jambon-œuf-fromage, et les plus gourmands une pâtisserie maison. C’est que la journée n’est pas terminée, nous devons encore rejoindre la Cabane d’Arpitettaz. Celle-ci est certes 500 m plus bas, mais nous devons passer la Crête de Milon par un rappel. Le refuge de 25 places n’a rien à voir avec l’immense cabane de Tracuit, mais la vue est tout aussi belle et nous permet d’admirer l’arête de Moming qui nous attend le lendemain.

La gardien et son aide sont aux petits soins : un peu d’eau chaude pour la toilette, de l’eau de fonte bouillie bien plus économique que l’eau en bouteilles héliportées, et service à l’assiette ! Guillaume nous explique qu’il a réservé ce refuge dès le mois de novembre pour pouvoir programmer ce raid : bravo pour l’organisation !

Jour 5 – Cabane du grand Mountet par l’arête de Moming

Grand ciel bleu pour le 4e jour consécutif. Cela tombe bien, c’est LE jour où on ne peut pas être dans les nuages et le vent. Nous commençons la journée en nous faisant OPÉRER par les chefs : Objectif – Plan – État (des troupes) – Risques – Équipement – Règles (à suivre). Après la CSV de la veille (pour Cartographie Systémique de Vigilance), nous voilà bien briefés !

Après une descente en pente douce en zigzagant entre lignes de crêtes et thalwegs, nous remontons le glacier de Moming efficacement. Nous faisons un crochet par le Dôme, point de vue parfait sur l’esthétique arête de Moming. S’encorder ou ne pas s’encorder, telle est la question... L’arête est par endroit si effilée qu’il n’est pas certain de pouvoir stopper la chute de son partenaire, sauf à sauter du côté opposé ! L’émotion me fait choisir l’option encordé.

Nous vérifions qu’il n’y a pas de cordée engagée sur l’arête dans le sens opposé (il serait par endroit extrêmement délicat de se croiser) puis nous nous engageons. Après un passage rocheux et une courte désescalade peu agréable, nous progressons sur le fil de l’arête, parfois large d’à peine 30 cm avec 150 m de vide de chaque côté. Interdiction de trébucher, on se concentre sur chaque pas. Nous mettrons 3/4 d’heure pour parcourir 1 petit kilomètre et prendre pied sur le Glacier du Mountet, en versant sud de l’arête. Ouf nous sommes passés ! Ne reste plus qu’à descendre jusqu’à la Cabane du Grand Mountet.

Jour 6 – Schönbielhütte par le Col Durand

Fini le soleil et le ciel immaculé. Les nuages et le vent sont de la partie, et ça change tout de suite l’ambiance : on avance tête baissée. Derrière nous l’arête de Moming est dans les nuages. Aurait-on pu passer aujourd’hui ? Rien n’est moins sûr... Les conditions météo n’empêchent pas Fred de prendre de nombreuses de photos. Il s’arrête, retire ses gants, sort l’appareil, prend quelques photos, range l’appareil, remet les gants puis nous rattrape : Fred le reporter fait du fractionné toute la journée !

Nous atteignons le Col Durand sans encombre. Après débat nous nous engageons en direction du Mont Durand. Mais le vent forcit et nous renonçons : tout le monde descend ! La neige dure et trafolée ne semble pas gêner Florent, qui maîtrise la descente droit dans la pente quelles que soient les conditions (modulo quelques chutes tout de même). Arrivés dans la vallée de Zmutt nous remontons le long de la moraine jusqu’à la cabane Schönbiel où nous déjeunons au chaud. Ce refuge n’est pas le meilleur du raid, mais la vue sur le Cervin et la Dent d’Hérens me font rester dehors une partie de l’après-midi malgré le vent froid.

Jour 7 – Arolla par la Tête Blanche

Changement de programme, sur les conseils d’un guide : nous ne descendrons pas par la Vallée de Ferpècle comme le veut le trajet de la Route impériale de Zinal, mais jusqu’à Arolla en passant par le col Bertol. Nous préférons en effet descendre à ski jusqu’à l’arrêt du car postal, plutôt que marcher sur plusieurs kilomètres et 400 ou 500 m de dénivelé, chaussures de ski aux pieds et skis sur le dos.

Le soleil est de retour. Des hélicoptères nous survolent pour déposer des skieurs au sommet de Tête blanche. Nous laissons sur notre gauche le Col de Valpelline, où j’étais passé lors du raid Chamonix – Zermatt (il y a 13 ans déjà, avec Guillaume déjà). Sur un replat des militaires installent un camp. L’Italie toute proche aurait-elle déclaré la guerre à la Suisse ? Non, il s’agit des préparatifs de la Patrouille des Glaciers, une course de ski-alpinisme organisée par l’armée suisse. Hmm comme on savoure les effluves du groupe électrogène !

Rapide photo au sommet de Tête Blanche, je mange mon saucisson (tranché la veille) tout en enlevant les peaux, et c’est parti pour la longue descente … avec une courte remontée au col de Bertol sous la cabane du même nom. Pas le temps de grimper les échelles pour un café, je mange mon fromage en enlevant à nouveau les peaux et c’est reparti pour 1300 m de descente, qui commence par une pente raide et se termine par du pousse-bâtons sur les pistes de ski de fond. Nous arrivons à l’arrêt de bus à 14h30, 8 heures non stop depuis le départ. Je mange la dernière figue séchée qui reste au fond de ma poche.

Antoine.

Merci Frédéric pour les Photos !







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