Carnet de route

RQ Aygues cluses 19 au 22/02/2026

Le 20/03/2026 par Claude Puaud

19/02 – Départ de Nantes

Le groupe est au complet. Il est composé de trois garçons et cinq filles : nous faisons mieux que la parité ! Il y a Bernard, Claude, Françoise, Isabelle, Jean-Marc, Laurent, Marie et Nathalie. Après plusieurs heures de route, nous atteignons Tarbes, où nos chambres nous attendent. 

20/02

Le groupe adopte un rythme quasi militaire. Lever 7 h 00, départ 8 h30. Pas de place pour l’hésitation. Nous prenons la route en direction de Barèges et garons notre véhicule au parking de Tournaboup, lieu de rencontre des Cafistes de Nantes. Nous y retrouvons Guillaume et Carlos avec leur équipe, prêts à partir pour un séjour de ski de randonnée. Le sourire est sur tous les visages, la neige est bien présente. Chacun s’active, se met en tenue, organise son sac à dos, installe son DVA, règle bâtons et raquettes, chausse lunette de soleil, bonnet, casquette et crème solaire protection 50. Après le réglementaire test DVA, nous quittons avec plaisir l’ambiance sonore des remontées mécaniques et la foule qui commence à s’y agglutiner. Nous pénétrons dans le magnifique vallon du ruisseau d’Escoubous direction refuge d’Aygues Cluses aux portes du massif du Néouvielle, où nous attendent 7 km d’ascension avec un D+ de 700 m. La mise en jambes débute à 1464 mètres. La vallée enneigée offre une belle vue sur le clot dets Coubous à 2200 mètres, qui en ferme l’horizon. À 1750 mètres, nous obliquons sur la gauche pour suivre le ruisseau d’Aygues-Cluses et changeons de décor. La vallée se resserre, serpente entre des roches sauvages. Les sapinières dessinent des clairières lumineuses qui rythment notre progression dans une poudreuse épaisse. Nous prenons plaisir à faire la trace dans ce blanc immaculé. Le ruisseau joue avec les accumulations de neige, formant ponts et puits aux formes courbes, laissant apparaître par éclats son eau vive. Un écureuil traverse soudain devant nous. La rousseur de son pelage éclate sur le blanc du manteau neigeux. Premier contact avec la faune locale loin des skieurs de la station que nous avons laissée en début de matinée bien que certaines tenues vestimentaires puissent évoquer la pilosité hardie en forme interrogative de l’animal. Nous quittons le dehors pour entrer dans un dedans, celui d’une vallée profonde et intime qui se donne à lire comme on passe un sas laissant à sa porte la fureur urbaine. Nous sommes sur le GR 10 et nous entrons en paysage. Raquettes aux pieds, en file, tels des chenilles processionnaires, nous arpentons un paysage de montagnes évoquant la crème fraîche fouettée chantilly que nous goutions du doigt en cachette du haut de nos six ans. Les heures passent, et le refuge d’Aygues Cluses à 2135 mètres longtemps annoncé « juste derrière la colline », est en vue. Les sourires, comme les jambes, reviennent pour terminer cette première ascension. Chacun s’installe ensuite dans sa chambre, allège son sac et profite de ce moment de récupération. Mais la journée n’est pas tout à fait terminée. Nous repartons rapidement pour un exercice DVA grandeur nature. Tour à tour, chacun se prête à la recherche, concentré et appliqué et tous parviennent à localiser la balise et à réussir le test dans les temps, avec succès. Le paysage de fin d’après-midi est remarquable. Le terrain de jeu s’ouvre devant nous, promesse de belles et nombreuses découvertes. Après notre copieux repas, les conversations se croisent et les éclats de rires accompagnent la soirée sous la chaleur du poêle à pellets qui chauffe la salle commune du repas.

21/02

7h30, réveille, petit déjeuner, équipement puis départ plein sud pour le col de Madamète ayant renoncé au col de Tracens qui présente une forte corniche de glace et neige incertaine. Au col, nous entrons dans la réserve naturelle du Néouvielle et découvrons un paysage sauvagement sublime parsemé de ses lacs gelés en cascades vers lesquels nous descendons comme des contrebandiers allant piller du regard les beautés de ce paysage promis, enchanteur et intact. Nous contournons le lac gelé de Gourget de Madaméte pour éviter la tentation d’y rejoindre les sirènes d’Homère. Nous posons notre déjeuner sur une neige à l’ombre d’un bosquet de sapins, sous la tutelle du Pic de Néouvielle dressé au loin à notre ouest. La remonté digestive sous un soleil tapant et la neige réfléchissante fait fondre nos réserves d’eau. C’est dans la transversale de la pente que nous arpentons l’après-midi les lignes sinueuses du clot d’Aygues Cluses jusqu’au col de Barège. Le plaisir des yeux accompagne ce paysage emprunté qui reste en nous à chaque pas, heureux d’en mesurer par la trace laissée, signant la beauté de nos passages, les lignes serpentines se jouant des creux et de pleins, formant traces humaines sur ce monde, ce jour-là, vierge de toute empreinte et emprise humaine. De ces pentes immaculées naissent les ombres du soleil déclinant, sculptures sensibles, résultantes de savants mélanges de vents, de neiges et de tempêtes, évoquant l’estran de nos côtes bretonnes lointaines, nous ici nous sommes les corsaires des neiges. La fin de journée se clôt en retour au refuge pour une agape chaleureuse, suivi d’une partie enjouée à huit de Skyjo qui valide, avec l’aide de quelques gorgées de Génépi, l’idée d’une levée nocturne à 5h15 afin d’explorer les plaisirs d’une rando-raquette sous les étoiles en promesse d’assister à un lever de soleil rougeoyant sur les massifs des Pyrénées enneigées.

22/02

5h15, au réveil, nous sommes 4, Marie, Françoise, Bernard et Claude, à lasser nos chaussures encore humides et à nous enfourner raquettes aux pieds et bonnet sur tête dans la nuit gelée pour une montée en ligne droite au col de Barèges, montée négociée au pas de porte du refuge afin de ne pas décourager en amont les quelques volontaires déclarés. La montée hasardeuse du début prend son rythme et les quelques lumières du refuge s’éloignent progressivement. La neige est gelée mais nos raquettes accrochent. Nous éteignons nos frontales et la nuance laiteuse de la neige nocturne laisse la multitude des étoiles consteller merveilleusement la voûte céleste. Quelques étoiles filantes et le jour nouveau s’annonce dans le creux qui s’éclaircit du col de Barège situé plein Est. Nous sommes là, subjugués par ce paysage gagné sur la nuit, par le rougeoiement qui s’intensifie progressivement sur un paysage de montagne enneigé infini. Nous n’étions pas les premiers. Nous découvrons, les traces dans la neige d’un renard, venu comme nous à l’aube, saluer ce paysage somptueux, et indiquer aux humains qu’il entend arriver dans la pente que ce paysage lui appartient, qu’il en est la quintessence, et que nous entrons dans son royaume, en déposant, juste sur la crête, à notre attention, son épreinte* du jour (En biologie le terme « épreinte » se réfère aux excréments d'animaux, notamment des mammifères). 8h00, les 4 sont de retour au refuge pour partager le petit déjeuner au restant resté au chaud sous les couettes mais dont les regrets se font alors jour à la lueur du récit et la beauté des paysages rapportés. 9h30, départ pour le troisième col, le col de la Hourquette Nere à 2465 mètres. La montée au col est assez raide sur les pentes à l’ombre encore verglacée mais le paysage au col, surplombant le lac Nère sur lequel on perçoit deux randonneurs formant deux petits traits noirs en mouvement et la chaîne de Pyrénées est sublime. La redescente vers le refuge se fait dans une neige épaisse par une petite boucle nord qui s’organise avec quelques beaux ensembles de sapinières agrémentant les traverses. Après un casse-croûte devant le refuge sous le soleil et la neige, remplis des paysages qui nous ont accueillis et qui ont cimenté le commun que nous étions venus chercher, nous hésitons à redescendre en vallée retrouver l’agitation humaine. C’est promis on se retrouve très vite pour poursuivre le voyage.

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